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1. Une délégation composée d’agents de la CAPFIDA et des projets du portefeuille est en voyage dans l’ile de La Réunion, dans le cadre de la préparation du démarrage du nouveau projet FORMAPROD. A travers les échanges qu’elle a eu avec le SRFD (Service Régional de la Formation et Développement) de la DAAF (Direction de l’Agriculture de l’Alimentation et de la Forêt), la FRCA (Fédération Régionale des Coopératives Agricoles) et la Chambre Régionale de l’Agriculture, d’une part, et les visites au niveau de différents centres publics et privés de formation agricole, d’autre part, les constats généraux suivants se sont dégagés :

En ce qui concerne l’agriculture réunionnaise

- L’ile possède seulement 44.000ha de terre agricole à moitié occupée par la culture industrielle de canne à sucre[1] sur 252.000ha de superficie totale de l’Ile, avec une taille moyenne de 6ha/exploitation, et compte 8.100 exploitants agricoles recensés sur une population active de 240.000 (inférieur à la moyenne nationale de 5%) et une population totale de 800.000.

- L’agriculture y est professionnelle avec un statut formel des exploitants agricoles. L’autorisation d’exploiter nécessite en effet une autorisation avec comme préalable une justification de capacité professionnelle, traduite notamment par un diplôme professionnelle agricole. Une subvention de l’Etat peut être accordée aux exploitants notamment à l’installation.

- Le modèle de coopérative est ancré dans l’organisation de la production, avec un seuil minimum de viabilité de l’exploitation mais également un quota pour les filières assurant l’autosuffisance.

- Le niveau de production, limité notamment par les superficies agricoles, n’offre pas à l’Ile l’autosuffisance, et laisse une part importante du marché à l’importation. Sur un besoin total de 40.000 tonnes de fruits et légumes, la moitié seulement est produite localement.

- Une charte multisectorielle, facilitée par la loi de décentralisation, permet de préserver les surfaces agricoles face au développement urbain demandeur de surface également.

En ce qui concerne la formation agricole

- Formation professionnelle agricole à la Réunion initiée, au départ, par le privé et les établissements confessionnels, et l’Etat y a pris progressivement part.

- Volonté politique affirmée et prise en charge réelle par l’Etat de la formation agricole, actuellement, à travers (i) la consécration de l’une des 4 directions générales du MAAPRAT (Ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation, de la Pêche, de la Ruralité et de l’Aménagement du Territoire) à l’Enseignement et à la Recherche (DGER), (ii) la couverture par l’Etat et la Région des budgets de formation des établissements, (iii) le traitement au même titre que les établissements publics des centres privés en matière de mise à disposition d’enseignants et de dotation en subvention pour fonctionnement, et (iv) la décentralisation des moyens (fonctionnement et patrimoine immobilier) au niveau des régions.

- Valorisation de la formation agricole par l’exigence de capacité professionnelle à justifier par un diplôme pour être exploitant, et intérêt croissant des jeunes aux filières de formations agricoles.

- Caractère national réservé aux référentiels de formation et de certification (Diplômes), et délégation d’Autorité académique conservée dans les structures déconcentrées de l’Etat (Rectorat et SRFD) malgré l’avancée de la décentralisation.

- Rôle prépondérant du corps d’inspecteurs étendu à l’élaboration de référentiels de certification et de formation.

- Evolution progressives des centres, notamment les privés, d’une vocation purement de production agricole vers des vocations plus diversifiées, notamment les services.

- Système très rodé de collecte (au niveau des entreprises) et de versement aux établissements de formation des taxes d’apprentissage, servant de ressources complémentaires pour ces derniers.

- Gestion des établissements, publics et privés, par un conseil d’administration.

- Pédagogique de la formation agricole passée du concept classique de matière à celui de module.

- Recrutement à l’issu de la classe de 5ème, notamment de jeunes n’ayant pas réussi brillamment son parcours de l’enseignement général et appelés à reprendre goût de l’école dans l’enseignement professionnel, et préparation aux diplômes d’Etat allant du CAPA, BEPA (actuellement en voie de suppression), Bac Pro (Diplôme désormais exigé pour le métier d’exploitant agricole), et allant jusqu’au BTS et Licence Professionnelle pour certains lycées.

- Besoin d’adaptation au contexte malgache des modèles découverts à La Réunion où le contexte de l’agriculture est fondamentalement différent.

2. Jusqu’à ce jour, la délégation a fait l’itinéraire suivant :

3. Lundi 16 Mai : Accueil de la DAAF, au CFPPA (Centre de Formation Professionnelle et de Promotion Agricole) de Piton Saint-Leu.

- Présentation générale de l’organisation du MAAPRAT et de sa direction régionale, la DAAF, qui a à son sein le SRFD en charge de la formation professionnelle agricole au niveau des régions et possède la délégation d’autorité académique.

- Reforme nationale et opérationnalisation à La Réunion.

- Structure des EPL.EFPA (Etablissement Public Local d’Enseignement et de Formation Professionnelle Agricole), entité juridique composée de 4 centres :

o un lycée, qui recrute des jeunes pour une formation scolaire,

o un CFAA (Centre de Formation d’Apprentis Agricoles), qui recrute également des jeunes mais en formation en alternance par apprentissage en entreprise avec un contrat de travail,

o une CFPPA (Centre de Formation Professionnelle et de Promotion Agricole), qui cible des adultes déjà en activité.

o Et une exploitation et/ou des ateliers technologiques, servant de support pédagogique d’application mais devant couvrir ses charges par la vente de ses produits.

4. Mardi 17 Mai

Visite au lycée Cluny Sainte-Suzanne, dans la matinée

- Deux lycées, agricole (sous contrat avec le MAAPRAT) et professionnel (Education nationale), dans un établissement confessionnel catholique, sous tutelle des sœurs de Saint Joseph de Cluny, qui doit avoir son équilibre avec un effectif de 600 élèves.

- Géré par un OGC (Organisme de Gestion d’un Etablissement Catholique) avec un CA restreint qui se réunit 2 fois par an et délègue la gestion quotidienne à une direction.

- Offre de formations de service en milieu rural, après abandon depuis 12 ans des filières de production animale et végétale proprement dite.

- Le MAAPRAT affecte à l’établissement 85% des enseignants, contractuels directs de l’Etat, et verse également une subvention couvrant les charges salariales des 15% des enseignants engagés par l’OGEC. Pour le lycée professionnel, 100% des enseignants sont sous contrat public de l’Education Nationale. L’Etat verse également une subvention de fonctionnement à raison de 1.700 Euro/élève/an. La Région Réunion subventionne l’équipement.

- Les apprenants, à 80% boursiers, paient un frais de scolarité de 800 à 1.000 Euro/élève/an. Ceux à faible moyens sont dotés de tickets déjeuners financés sur fonds de solidarité du Ministère (10.000 Euro/an).

- Diplômes/certificats préparés : Brevet du collège à l’issu des classes de découverte professionnelle fin collège pour les sortants de 3ème, CAPA, ou bien le BAC Pro, et un BTS Commerce International pour le lycée professionnel.

A la DAAF Saint-Denis avec la DRIF (Délégation Régionale de l’Ingénierie de la Formation) du SRFD, dans l’après-midi

- Développement de référentiels d’un diplôme, composé des référentiels

o professionnel, par la DRIF

o de certification, par les inspecteurs

o et de formation, par les inspecteurs également.

- Processus de certification & habilitation :

o Les types de certification professionnelle sont les diplômes délivrés par l’Etat à travers les ministères certificateurs (MEN, MAAPRAT, …), les titres délivrés par les autres ministères et organismes consulaires, et les certificats créés et délivrés par des branches professionnelles.

o L’habilitation est une démarche administrative obligatoire d’engagement auprès de l’autorité académique, et délivrée à un centre pour la formation et le diplôme en vue d’une reconnaissance nationale.

- Exposé sur le système de formation par UC (Unités Capitalisables), en contraste avec la formation modulaire : Mis en place vers 1980, Réservé aux formations continues et par apprentissage mais non applicable à la formation initiale, Caractérisé par sa souplesse et flexibilité, l’indépendance de chaque UC, l’inexistence d’épreuve finale, et une durée de 5 ans pour décrocher le diplôme.

5. Mercredi 18 Mai : A la MFR du Tampon (170 élèves apprentis) qui est la plus ancienne (47 ans) des 4 MFR de La Réunion qui sont celles de l’Est, de l’Ouest et de Saint Pierre, avec François Antier, Directeur de la fédération des MFR.

- Les MFR sont des centres à taille humaine sinon familiale, avec une pédagogie de l’alternance et des apprenants exclusivement en internat durant les semaines de classe, et gérées par un Conseil d’administration à membres bénévoles renouvelés au tiers chaque année dont les présidents sont membres de droit de la fédération départementale/régionale des MFR.

- Une MFR ne s’implante pas mais se crée sur initiatives des familles.

- Valeurs et courants de pensées : Démocratie sociale d’inspiration chrétienne, Responsabilité collective, Solidarité et entraide, … Les MFR se sont par la suite démarquées de l’Eglise sans devenir publiques.

- Naissance du mouvement : Expérience avec 4 jeunes suivis par la paroisse, Extension et achat d’une maison par les familles, Création de l’Union nationale, Adoption des statuts (Chaque MFR dépend d’une association de famille), Mise au point de la pédagogie par alternance,

- Diplômes préparés : du CAP jusqu’au Bac Pro.

- En 2005, les MFR et UNREP capte 62% des apprenants de la formation agricole contre 38% par les lycées publics et le CNEAP (Conseil National de l’Enseignement Agricole Privé).

- Evolution des MFR, de part leur ancrage communautaire leur offrant une capacité d’animation territoriale, vers une vocation plus diversifiée tendant vers les services pour Tampon et l’horticulture et les travaux paysagers pour Saint-Pierre.

- Budget d’une MFR : 54% de subvention de l’Etat (DGER et éventuellement Région), 31% de participation des familles sous forme de pension d’internat, tout en sachant qu’elles bénéficient généralement d’aides ou de bourses, 9% d’autres produits (location des locaux pendant les vacances, …) et 6% de taxes d’apprentissage payés par les entreprises.

- Recevant une subvention de l’Etat, les MFR couvrent toutes leurs charges y compris le salaire des formateurs.

6. Jeudi 19 Mai

Visite à l’EPL.EFPA de Saint-Joseph, dans la Matinée

- C’est un établissement du MAAPRAT composé du lycée, d’un CFAA, d’un CFPPA et des champs d’exploitation, et forme du niveau CAP à la Licence professionnelle dans les secteurs de la production animale, production végétale, horticulture, agro-alimentaire, agroéquipement et travaux paysagers.

- Les centres qui composent l’établissement ont une autonomie limitée par les dispositifs nationaux, les moyens et l’exigence du monde professionnel.

- 4 axes de l’établissement : Réussite de la formation, Parcours de formation, Intégration sociale et Développement durable.

- Coopération internationale avec l’Afrique du Sud, Comores, Seychelles et Madagascar (échanges et appui aux EASTA, notamment l’initiation de l’écriture de référentielle de formation, et au CAF d’Antsirabe).

- Le CA est formé de 3 collèges ayant chacun 10 représentants : politiques & professionnelles (2 du conseil régional, 1 du conseil général, 1 maire, 1 chambre de l’agriculture, 1 du service régional du travail, …), des usagers (DAAF, élèves et stagiaires, 2 parents d’élèves, 1 anciens élèves, …) et du personnel (6 du corps enseignants et 4 du personnel d’appui).

- Budget annuel de l’établissement : 3.700.000 Euros de fonctionnement et 584.000 d’investissement :

o Couvert à 100% par la Région, sur la base d’une dotation globale de fonctionnement à hauteur de 570 Euro/élève/an prélevée sur une dotation globale de décentralisation mise à disposition par l’Etat, pour le lycée, à part le salaire du personnel fonctionnaire du MAAPRAT ;

o Sur ressource également de la Région complétée par d’autres sources telles VIVEA (sur cotisation prélevée sur les exploitations agricoles) et taxes d’apprentissage, pour le CFPPA et CFAA.

L’agriculture réunionnaise, avec Patrick Hoareau, DG/FRCA

- Agriculture structurée en amont par filière et en aval par l’agroalimentaire.

- Toutes les structurations professionnelles se font par coopérative, avec 61 coopératives sur l’Ile adhérant à la FRCA, qui ont fait 660.000.000 d’euro de chiffre d’affaire en 2010. Chaque membre a le même poids politique au niveau de la coopérative, et a obligation de vendre la totalité de ses produits à la coopérative. Un statut type est adopté par toutes les coopératives membres de la FRCA.

- La FRCA avec 13 salariés a un mandat (i) politique de leurs membres pour les représenter au niveau national et européen, (ii) de services mutualisés et à cout compétitif aux membres (appui à la mise aux normes, promotion de panneaux photovoltaïques sur les bâtiments d’élevage, services informatiques, et commissariat au compte obligatoire des entreprises membres), (iii) de promotion des produits (publicité, création d’évènements agricoles, animations magasins, labelisation « produits pays » et promotion, (iv) conseils (juridique, …) aux entreprises.

- Le FRCA a un budget de 1.500.000 Euro, avec 120.000 de subvention de la Région, 150.000 de cotisation des membres, et le reste par vente de services aux membres. La fédération collecte par ailleurs environ 150.000 euro/an de part sur les résultats financiers des coopératives membres, qu’elle utilise comme fonds de développement.

- La FRCA est bien attentif à la formation professionnelle agricole, dont les centres constituent de pépinières de futurs membres des coopératives.

- Fruits et légumes : 20.000t de production locale et 20.000t d’importation. L’oignon est importé (9.000t) de l’Inde, Nouvelles Zélande et un peu de Madagascar (1.000 à 2.000t), d’ail, et de carotte de l’Australie.

PPP (Plan de Professionnalisation Personnalisé), par la Chambre de l’Agriculture

C’est une présentation sur l’installation des jeunes formés et les possibilités de subvention de l’Etat.

- L’installation comme exploitant agricole nécessite une autorisation dont les conditions sont les suivantes :

o Sans aide : Terrain à disposition, projet économiquement viable, capacité professionnelle de 5 ans d’expérience en exploitation ou d’un diplôme de niveau 5 BEPA (ou CAPA + 3 ans d’expérience), formulation d’une demande d’autorisation préalable d’installation, et une autorisation de l’Etat par arrêté préfectoral.

o Avec demande d’aide à l’installation : L’expérience de 5 ans n’est pas valable ; un diplôme de niveau 5 est exigé aux candidats nés avant 1976, relevé au niveau 4 complété par un PPP pour ceux plus jeunes. Ils doivent s’engager à s’installer au moins pour 5 ans et de tenir également une comptabilité pendant cette période où ils seront sous contrôle d’une entité de leur choix. Seulement 10% des installations demande de l’aide à la Réunion.

- Une fois installés, ils doivent faire une déclaration d’existence.

- Consistance de l’aide à l’installation : Dotation en capital de 16.000 à 35.000 euro de DJA (Dotation aux Jeunes Agriculteurs) pour la trésorerie de démarrage, et accord à des prêts à taux bonifié à 1% par an d’intérêt pour les investissements.

- Le taux d’échec faible des jeunes nouvellement installés. Cette performance est imputable aux conditions exigées d’installation mais également à l’accompagnement.

- Le PPP est une feuille de route de préconisations d’accompagnement personnalisée de nouvelles installations. Ca peut être des stages d’application en exploitation ou en entreprise, actions de formation continue, tutorat, …, avec un stage collectif obligatoire de 21 heures. Le candidat doit par la suite cocher sur papier un pré-diagnostic de son projet. Une demande de certification de l’accomplissement du PPP doit être soumise à la DAAF avant que le prétendant puisse formuler sa demande d’aide à l’installation.

7. La visite se poursuivra à l’EPL de Saint-Paul le vendredi 20 Mai, où l’on traitera les thèmes de la formation supérieure agricole et de la structure du CRIPTIR, et abordera le partenariat régional / technique à développer avec La Réunion, ses établissements et pôles de compétence, dans le cadre de la préparation au démarrage et de la mise en œuvre du FORMAPROD.

Résumé par : RAKOTONDRATSIMA Andrianiainasoa

Coordonnateur du projet AD2M



[1] 1,9 millions de tonnes/an, 85 millions d’euro d’exportation de sucre par an.

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