Comment rendre l’agriculture attractive et source d’emplois pour les jeunes africains?

Par Alice Brie


Le FIDA en partenariat avec l’organisation internationale de la francophonie a organisé lors de la COP23 à Bonn un side-event autour des questions de l’emploi pour les jeunes ruraux, de l’agriculture climato-résiliente  et du rôle de la finance climat dans la transformation du secteur.



©Alice Brie/IFAD
L’Afrique compterait aujourd’hui environ 1,2 milliard d’habitants, dont près de 130 millions seraient des jeunes ruraux âgés de 15 à 24 ans. Leurs conditions de vie et leurs parcours familiaux, scolaires et professionnels sont mal connus. Par ailleurs, les jeunes africains sont chaque année entre 10 à 12 millions à arriver sur le marché de l’emploi, une main d’œuvre qui permettrait de régénérer un secteur agricole en perte d’attractivité.

La rencontre fut l’occasion de discuter avec des représentants de gouvernements, représentant de jeunes agriculteurs, et d’organisations internationales sur le rôle de l’agriculture comme réponse au défi de l’emploi chez les jeunes africains, mais aussi sur les obstacles qui se posent encore aujourd’hui au développement d’une agriculture climato-résiliente, compétitive et pourvoyeuse d’emplois verts. L’objectif de l’évènement était également de voir comment la finance climat, peut engendrer la transformation de ce secteur en soutenant l’insertion des jeunes dans des chaines de valeur durables.

En introduisant le sujet, M. Sene Amath Pathé du FIDA et modérateur de l’évènement, a noté que “les jeunes ruraux africains sont le plus souvent présents au prisme des migrations vers la ville, et l’Europe que sous l’angle de leur capacité d’action, d’innovation ou d’installation en milieu rural."

Selon Mme. Juliette Biao, directrice régionale Afrique du PNUE, "ce n’est pas l’envie d’entreprenariat et d’autonomie qui manquent aux jeunes africains mais l’absence d’opportunités que le secteur agricole a à offrir”. Plus scolarisés, plus mobiles et familiers avec les nouvelles technologies, les jeunes se trouvent en décalage avec le monde agricole qui leur est proposé. Mme Biao en conclut donc que « la finance climat doit s’investir à connecter les nouvelles technologies, notamment de l’information, aux chaines de valeur afin de dynamiser le secteur."

La représentante de l’organisation mondiale du travail (OMT), Karin Isaksson, a ajouté que les emplois verts dans le secteur agricole peuvent aussi apporter une solution au problème du chômage élevé chez les jeunes africains. L’agriculture propose de fait de nombreux emplois, tel que la production alimentaire, les énergies renouvelables ou encore l‘aménagement du territoire. Ces derniers peuvent offrir selon elle, de belles opportunités aux jeunes de participer à l’essor d’une économie dite verte,  "mais encore faut-il investir dans le développement des compétences de ces jeunes et c’est bien là que finance climat peut être bénéfique."

Les discussions ont aussi permis de noter que l’activité économique rurale ne se résume pas  seulement à l’agriculture : les jeunes générations se retrouvent dans tous les secteurs de l’économie présents dans le monde rural. Pour la représentant de l’OMT, la densification de la population, s’accompagne d’une ouverture croissante vers l’extérieur et d’une diversification des activités notamment non agricoles soutenues par le dynamisme des jeunes, qu’il est important d’adapter dans une perspective de durabilité.
 
©Alice Brie/IFAD
M. Amedi Camara, Ministre l’environnement de la Mauritanie, a souligné que les jeunes ont aussi besoin de politiques publiques qui les appuient, et notamment de régulations équitables, la facilitation et sécurisation de l’accès à la terre, de moyens de production et plus généralement de capital. "Nous travaillons à mieux les accompagner. Les politiques publiques spécifiques existent mais nous devons nous attacher à mieux les intégrer. La finance climat peut être un vrai moteur pour concevoir cette intégration sur la longue durée."

Son homologue nigérien, à la tête de l’initiative 3N ("les nigériens nourrissent les nigériens"), M. Ali Béty, a rappelé aussi qu’il était essentiel de s’affranchir des logiques sectorielles et faire collaborer les acteurs nationaux entre eux afin de faciliter l’insertion des jeunes. "L’initiative 3N travaille à la mobilisation simultanée de l’Etat, du secteur privé, de la société privée et des administrations décentralisées."

Pour Divine Ntiokam, représentant du réseau de jeunes pour l’agriculture intelligente face au climat, les jeunes travaillants dans le secteur agricole espèrent aussi un revenu personnel, de nouveaux biens de consommation, des services et une répartition plus égalitaire des ressources entre générations. "Le changement climatique doit aussi désormais leur être présenté comme une opportunité et pas comme une fatalité. Mais nous devons nous efforcer à investir dans des outils pour qu’ils s’y  adaptent et soient en phase avec la modernité à laquelle ils aspirent."

De la discussion, il en est ressorti que si l’on veut rendre l’agriculture attractive aux jeunes et créatrice d’emplois dans un contexte de changements climatiques, il est nécessaire de faire appel à un ensemble de réponses complémentaires. Il est ainsi primordial d’investir dans le développement des territoires avec des politiques intégrées tout en agissant simultanément sur les formations, l’accès aux technologies, aux financements, mais aussi dans le suivi de l’insertion. 

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